Sylvain Chomet est un magicien. Il a beau faire dire à son personnage principal que les magiciens n'existent pas, l'heure et demi passée en sa compagnie prouve le contraire.Le rideau s'ouvre sur la scène d'un théâtre parisien. A l'affiche, un groupe de rock qui déchaîne les foules. C'est la fin des années 1950, les artistes "à l'ancienne" n'ont plus la cote. Les jeunes swingent, se trémoussent devant un groupe de rock survolté. Dans les coulisses, Tatischeff, le prestidigitateur qui ressemble trait pour trait à Jacques Tati, auteur du scénario original, voit avec mélancolie la fin d'un monde se rapprocher. Celui du music-hall et des numéros d'artistes, ringardisés par de nouveaux talents venus d'Outre-Atlantique et d'Outre-Manche. Comprenant qu'ils ne sont plus nombreux à se précipiter devant ses tours de passe-passe, et que seuls quelques enfants continuent encore à s'émerveiller devant ses mains habiles, il quitte son Paris pour les routes de l'itinérance.
L'histoire parle d'un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître. Elle nous emmène dans un monde perdu, celui des clowns trop tristes pour encore faire rire, des ventriloques dont le double marionnette est trop fatigué pour encore jouer et échoue dans la vitrine d'un bric-à-brac. Un temps qui ne passe plus, martelé par les "hop hop" des gymnastes dont le second métier est de repeindre une affiche publicitaire obsolète.
Au milieu de cet univers en désuétude, Tatischeff essaie d'y croire encore. De Paris à Londres, jusqu'au fin fond de l'Ecosse, il joue le magicien d'un soir devant les yeux ébahis des plus jeunes et les regards amusés des clients un brin éméchés. Jusqu'au jour où son chemin croise celui de Sophie, jeune fille aux confins de l'enfance, pour laquelle il se transforme en père d'adoption. Et c'est bien là tout le coeur de ce joli film d'animation.
On est bien loin des films en 3D qui semblent vouloir donner le la aujourd'hui. Poétique, tatiesque, le film de Sylvain Chomet nous charme par son côté un tantinet démodé. Il y a ces magnifiques dessins et ces paysages à l'aquarelle délavée par la pluie qui s'abat dru sur la Grande-Bretagne. Les situations burlesques, hommage appuyé à Tati. Et puis, surtout, une magnifique histoire d'amour filial, entre un père et sa fille d'adoption qui apprend un jour à grandir.
L'Illusionniste est un très grand film d'animation. En quelque sorte le testament d'un grand artiste à sa fille Sophie et à tous les cinéphiles conviés à se délecter de ce petit bijou.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire