Mes coups de coeur littéraires, mes envies de cinéma, et autres madeleines quotidiennes...

mercredi 19 mai 2010

Cormac McCarthy, de l’ombre à la légende

Non, ce pays n’est pas pour le vieil homme… à moins de s’appeler Cormac McCarthy. A soixante-dix sept ans, l’écrivain continue, livre après livre, à se forger une place parmi les monstres sacrés de la littérature américaine. Dans ses livres atemporels et universels, l’écrivain philosophe sonde l’âme humaine dans toutes ses aspérités. En 2007, La Route lui ouvre le chemin du Prix Pulitzer. Homme secret, à l’instar de J.D. Salinger, il se confie peu, mais décrit dans ses romans l’angoisse d’une société qui se meurt.

Naissance d’une légende

Le 4 décembre dernier, les salles de vente de Christie’s réalisent une vente record: estimée entre 15 000 et 20 000 dollars, une Olivetti Lettera 32, machine à écrire bleu pâle des plus rudimentaires, est acquise pour la jolie somme de 254 500 dollars. Un montant étonnant pour un objet qui en 1963 a été acheté à 50 dollars. Oui, mais c’est sur cette machine que Cormac McCarthy a tapé son chef-d’œuvre, La Route. L’heureux acquéreur aura gagné le privilège de déjeuner en tête-à-tête avec son écrivain fétiche. Une occasion rare, quand on sait que l’écrivain américain a l’habitude d’éviter les caméras. Il ne se serait confié qu’à deux occasions : pour un entretien au New York Times en 1992, puis quinze ans plus tard, en 2007, face à la célébrissime Oprah Winfrey. Cormac McCarthy est un écrivain déjà entré dans la légende de son vivant, comparé souvent à William Faulkner, Herman Melville, voire Jack Kerouac.

Cormac McCarthy naît en 1933 à Providence, à Rhode Island. Initialement appelé Charles, il deviendra Cormac, prénom emprunté à un roi irlandais. Quatre ans plus tard, sa famille s’installe dans le Tennessee. C’est sans diplôme, après avoir suivi des études d’art, qu’il quitte l’université. Il s’installe à Chicago, où il écrit son premier roman, Le gardien du verger. Premier essai réussi : son livre est salué par la critique et récompensé en 1965 par le Faulkner Prize. Le premier d’une longue série de prix qui saluera l’ensemble de son œuvre, dont le premier tome de sa trilogie des Confins, De si jolis chevaux, qui reçoit le National Book Award en 1992.

« L’un des quatre plus grands écrivains américains de son temps, aux côtés de Don DeLillo, Thomas Pynchon et Philip Roth »
Harold Bloom, critique littéraire et professeur de lettres à l’Université de Yale



« Il n’y a pas de vie sans coulée de sang » : tel est le credo de Cormac McCarthy, écrivain de la violence humaine, des héros exclus, luttant pour leur survie dans un monde sans pitié. Des romans western aux ambiances post-apocalyptiques explorées dans La Route, il plonge ses lecteurs dans ce que l’humanité a de plus bestial. Des romans tout en noirceur, au style épuré, outils de réflexion.


Sur la route du succès

« C'est beau et d'une tristesse infinie. Le livre refermé, vous êtes encore à l'intérieur. »
Michel Schneider, Le Point

Nombreux sont ceux qui l’ont découvert grâce à La Route, qui lui a valu le prix Pulitzer 2007. Dans un monde apocalyptique, recouvert de cendres, un homme et son fils tentent de survivre, le long d’une route, sans autre but que de boire, manger et dormir, pour avancer, et échapper à l’Autre, êtres humains devenus cannibales. Ce roman, parabole d’une société qui s’éteint dans sa perte des valeurs humaines, est considéré comme le chef-d’œuvre de McCarthy. Les lecteurs se l’arrachent : deux millions d’exemplaires sont vendus aux Etats-Unis, plus de 550 000 en France. Fin 2009, le succès est encore accentué par l’adaptation cinématographique de John Hillcoat, avec, dans les rôles-titres, Viggo Mortensen, Charlize Theron et Kodi Smit-McPhee.

Pourtant, Cormac McCarthy ne peut se résumer à son livre le plus connu. Ecrivain de la violence, il passe vingt ans à écrire Suttree, odyssée de la misère et de la précarité sur les berges de la rivière Tennessee, avant de renouveler un genre, le western, que ce soit dans sa trilogie des Confins (De si jolis chevaux, Le Grand Passage et Des villes dans la plaine) ou dans Non, ce pays n’est pas pour le vieil homme.



Des romans cinématographiques

Dans les romans de McCarthy, les mots laissent place à des images, quasi cinématographiques. La première version de Non, ce pays n’est pas pour le vieil homme est un scénario, que Cormac McCarthy apporte un jour à Hollywood. Ne trouvant aucun producteur, il finit par achever un roman, que les frères Coen adapteront en 2007, avec le succès que l’on sait. No Country for Old Men est oscarisé quatre fois. Le jour de la cérémonie, Ethan Coen, après avoir récupéré le Prix du scénario adapté, glissera à son invité d’honneur, Cormac McCarthy : « Eh bien, je n’ai rien fait, mais je le garde quand même. »



Depuis, et avec le succès au cinéma de La Route, les projets d’adaptation de ses romans ne manquent pas : De si jolis chevaux a déjà été adapté en 2000 par Bob Thornton, l’adaptation de Méridien de sang est prévue pour 2011 par Todd Field, le réalisateur de Little Children. Méridien de sang serait-il inadaptable en raison de sa violence ? Pour l’écrivain, elle sera difficile, mais pas impossible. Tout comme l’adaptation en 2012 du troisième volet de la trilogie des Confins, Des villes dans la plaine, avec, pressenti à la réalisation, Andrew Dominik, réalisateur de L'Assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford.



Méridien de sang est à l’honneur dans le cadre de la sélection Nouveau western des éditions Points. Considéré comme un tournant dans la bibliographie de Cormac McCarthy, voire comme son chef-d’œuvre pour d’autres, cette histoire d’un jeune garçon de quatorze ans, entraîné dans un cercle de violence, est un autre coup de poing. Dans un jeu de massacre contre les Indiens, où loi et héroïsme n’existent pas, seuls survivent ceux qui savent mieux que les autres vivent dans la sauvagerie. Noir, lyrique, terriblement violent, ce roman ne vous laissera pas indemne.


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire